Georgette Parent, 76 ans

Rouyn-Noranda (anciennement Granada)
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« Price à Gallagher. Gallagher tricote bien et passe à Weber. Oh Weber en échappée. Le tir… et le but! » Dans les centaines de milliers de salons québécois, des plus miteux aux plus pompeux, des gens de tous âges et de toutes personnalités se lèvent en simultané par une magie du moment qui transporte notre niveau de fierté nationale à son comble. Au sein de cette foule dispersée dans les chaumières aux quatres coins de la nation se trouvent les vrais fans de la première heure. Georgette est de celles-là. Ses draps sont en flanelle… de la Sainte Flanelle! La face athlétique de Shea Weber étampée sur une couverture orne le divan du salon, comme un trône. Le dos de Georgette est courbé à l’angle précis de la palette du bâton de hockey de Maurice Richard. C’est normal et naturel, elle est née en 1942, l’année du début de la carrière de Maurice Richard à Montréal. À 5 ans, son père la trouvait inconsolable dans le salon familial, suite à la défaite du Canadien en finale de la coupe Stanley. D’une fan de radio, elle a vécu le passage à la télé avec un engouement qui n’a d’égal que la ferveur du commentateur René Lecavalier. Dans tous ses nerfs crispés face aux matchs, elle retient dans sa chair toutes les révolutions par le sport. L’émancipation nationale québécoise francophone, par les affronts à Maurice Richard lorsqu’il est suspendu par Clarence Campbell suite au coup de poing qui assomme un arbitre fautif et injuste. Détrompez-vous. Elle n’était pas témoin. Elle était Maurice Richard, Jean Béliveau et tous les autres, en personne.

En 2018, elle est plus jeune que jamais, en cette année de reconstruction du Club et elle étonne par sa vitesse. Elle est tout du Canadien. Multiculturelle, aimant toutes les couleurs pourvu qu’elle connaisse l’agencement du bleu, du blanc et du rouge. Elle a pardonné tous les échanges en regardant vers l’avenir. Elle déteste Boston et ses joueurs rough qui se battent pour rien. Le hockey mérite d’être bien joué, dans l’honneur. Elle a plus d’une douzaine de Coupes à son actif et se souvient de la glorieuse série de 6 coupes Stanley de suite. Elle a même ses secrets. Elle parle aux joueurs et Toe Blake, son coach préféré,  doit l’écouter pour espérer une remontée victorieuse de fin de match. Dans la clameur populaire, elle est le début de la vague au Centre Bell. Son ancien mari, se préoccupant à peine du hockey, évitant le téléviseur, en est devenu un grand amateur au contact de Georgette, par la fougue et l’énergie vive de l’animation qu’elle a su créer dans le salon. Les statistiques sorties en temps opportun en ont surpris plus d’un par ses prédictions qui voyaient juste. Le spectacle, c’était pu le Canadien, parfois c’était elle. Mais comme elle EST le Canadien, c’est toute l’équipe qui gagnait en attrait et en visibilité.

Au fil des ans, c’est à cause des Georgette Parent de ce monde que le Club est le plus rentable, le plus médiatisé et le plus mythique de toute l’Amérique du Nord. Georgette porte en elle les pots cassés et les recettes à succès de trois générations de joueurs, se sachant espionnée et traquée juste que chez eux tellement ils portent le poids de notre destinée. Georgette est loin de Montréal, mais après le Parc La Vérendrye, elle est le meilleur lien avec la Métropole. À chaque match, elle est en chacun des lancers frappés qui touchent la cible. Elle est d’ici et d’ailleurs. Complètement hockey. Complètement Canadien.

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